Jésus est celui qui répond aux grandes aspirations de la jeunesse
Le seul évangélisateur, c’est le Christ. Le seul qui connaisse vraiment notre humanité, c’est lui. Son regard est vrai et pénétrant sans cesser d’être doux. Dans l’évangile, il est entouré de jeunes, parce que les apôtres sont jeunes. Aujourd’hui comme hier, les jeune ont besoin de pères, de repères. Jésus, pour les apôtres, même s’il n’est pas plus vieux qu’eux incarne cette figure de sagesse.
Alors que nous venons de commémorer l’armistice de la deuxième guerre mondiale, et que de nombreux conflits déchirent, encore aujourd’hui, le monde, l’enseignement de Jésus est toujours actuel. Si on écoutait les conseils de Jésus dans l’Évangile, de nombreuses violences, de nombreux conflits seraient évités. Vous allez me dire : le contexte n’est pas le même qu’à l’époque où il vivait avec ses apôtres, où il prêchait en Galilée, à l’époque du jeune homme riche. Je n’en suis pas si sûr. La jeunesse, à l’époque de Jésus était dans une grande attente, une attente déçue par l’attitude rigide et légalistes des pharisiens qui n’apportaient pas de réponse à leurs grandes questions. Ils attendaient un messie, un sauveur, un héros mais ils en avaient probablement assez de ces faux héros dont la vie n’était pas en adéquation avec leur prédication et qui tombaient dans la tentation du pouvoir, de l’admiration malsaine. L’environnement, en Galilée était un environnement cosmopolite et sécularisé. La religion romaine était un ensemble de superstitions qui les amusaient, mais personne n’y croyait vraiment. Quant aux juifs, beaucoup avaient transformé la thora en une liste de prescriptions impossibles à suivre. Ils avaient transformé la religion de l’Alliance, la religion de la promesse à Abraham, en un système de valeurs.
Ce que Dieu attendait pourtant du peuple d’Israël, c’était un cœur à cœur, une relation vivante, amoureuse, qui lui permettrait de transformer leurs vies et de combler les désirs infinis des fils de la promesse.
La jeunesse d’aujourd’hui, comme la jeunesse du temps de Jésus, comme la jeunesse de tous les temps a besoin d’être accompagnée, guidée. Les jeunes ont besoin qu’on les aime, mais ils ont besoin qu’on les aime en vérité. Ils ne supportent pas qu’on les manipule, même si, mal formés, ils tombent facilement dans les pièges de la manipulation.
Finalement ce qui pourrait constituer un beau slogan pour notre jeunesse, et aussi un grand défi, ce sont ces deux merveilleux versets du psaume 84 : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent »
La question de la vérité est primordiale, pour la jeunesse de toutes les époques, mais pour la jeunesse d’aujourd’hui en particulier, parce que le XXème siècle a été le siècle des mensonges : mensonges de ces idéologies athées qui ont promis un salut horizontal et utopique, mensonges des années 1970 où on leur affirmait que tout était possible, qu’il n’y avait plus besoin de règle, que la liberté c’était de faire ce qu’on veut comme on veut, quand on veut.
La liberté, la vraie, est une liberté responsable. Il est faux et illusoire de croire qu’on pourrait n’être influencé par personne. Nous sommes tous influencés, par notre éducation, par nos parents, nos amis, ou plus négativement par ceux qui veulent nous manipuler pour nous pousser à la consommation.
Les réseaux sociaux jouent un rôle, positif ou négatif. Ce rôle est positif lorsqu’il nous met en contact avec des personnes différentes, des opinions différentes, lorsqu’il enrichit notre culture. Mais ils sont négatifs lorsqu’ils nous replient sur nous-mêmes, lorsque nous n’y rencontrons que des personnes qui pensent comme nous, qui nous ressemblent, et surtout lorsqu’ils distillent le jugement et la haine. La liberté, il faut aller la chercher, il faut la gagner, comme le musicien qui n’a la liberté d’enflammer une salle de concert qu’après avoir vécu des années de travail, de solfège, de gammes…
La liberté c’est de choisir par qui nous sommes influencés. Soyons influencés par ceux qui nous aiment et qui veulent que nous progressions, que nous nous améliorions. La liberté nous pouvons l’acquérir lorsque nous croisons la route de personnes de confiance qui sont capables de nous dire : « je sais que tu peux le faire, que tu peux te dépasser ! » Acquérir la liberté, c’est exigeant.
La jeunesse du temps de Jésus comme celle d’aujourd’hui est assoiffée d’égalité, mais pas de cette égalité qui nous rabaisse, qui nous attire vers le plus petit dénominateur commun, qui nous fait ressembler à des clones. Tous les brins d’herbe sont égaux, ils se ressemblent parfaitement et ils sont au ras du sol. La véritable égalité implique la différence. A la liberté des gazons bien tondus, je préfère la liberté des sommets de nos montagnes. Ils sont tous différents, de formes, de tailles différentes. Mais qui peut dire qu’un sommet est plus beau qu’un autre. L’égalité que propose Jésus, c’est l’égalité des sommets. Nous serons d’autant plus égaux que nous serons complémentaires, que nous serons différents, que nous atteindrons notre sommet, notre bonheur.
La véritable égalité est une égalité des chances, grâce à laquelle tout le monde aura la possibilité d’atteindre son sommet, d’être une richesse unique pour la société. Et pour arriver à cette belle égalité, pour vivre vraiment libre, nous avons besoin des autres. Avoir besoin des autres et en prendre conscience est une force. Avoir besoin de Dieu, qui nous aime infiniment et qui nous connait parfaitement, avoir besoin des autres qui nous aident et nous complètent, avoir besoin de la création qui nous permet de vivre. C’est par la fraternité que nous pouvons éprouver avec joie le besoin des autres, que nous pouvons sortir de nous-mêmes pour aller à la rencontre des autres, que nous pourrons nous trouver nous-mêmes et donner un sens à notre vie.
Finalement, notre devise républicaine : « liberté, égalité, fraternité », peut aussi se décliner de façon évangélique. Jésus hier comme aujourd’hui, répond aux aspirations des peuples à la paix, à la justice, à la vérité. Prions pour la paix
Emmanuel Gobilliard, évêque de Digne, Riez et Sisteron




